Je suis féministe, mais… (Partie 1)

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Traduction disponible en bas de page.

Le féminisme a mauvaise réputation. On le dit dépassé. Le mot fait peur. Malgré le fait qu’il existe aujourd’hui plusieurs types de féminisme et que des femmes et des hommes de tous âges s’identifient au mouvement, il provoque encore un malaise chez bien des gens. Tout en reconnaissant que dans les faits, l’égalité des sexes n’est pas encore atteinte, de nombreuses femmes refusent, paradoxalement, de s’afficher comme féministes. Certains discours, qui reviennent assez souvent, traduisent cet inconfort. Afin de mieux comprendre le paradoxe, j’ai regroupé ces derniers en trois catégories.

Première partie : «Le féminisme est dépassé»

L’actrice Susan Sarandon, ayant autrefois milité pour les droits des femmes aux côtés de Gloria Steinem, disait récemment en entrevue qu’elle trouvait le mot “féminisme” vieux jeu. Selon elle, il est davantage utilisé pour dénigrer les gens[1]. L’ex première-dame de France, Carla Bruni-Sarkosy, a de son côté affirmé que dans sa génération, on n’avait pas besoin d’être féministe, que des pionnières avaient ouvert la brèche[2]. La chanteuse Lady Gaga s’est également dissociée du mouvement en disant qu’au contraire, elle aimait les hommes (comme si l’un excluait l’autre!)[3]. Ce ne sont là que quelques exemples de femmes célèbres qui renoncent à endosser cette étiquette compromettante. Une jeune femme dans mon entourage m’a déjà confié qu’elle pensait que le féminisme était désuet. J’ai du mal à concevoir que toutes ces femmes croient réellement que la discrimination envers leurs semblables n’existe plus. Ont-elles baissé les bras? Peut-être qu’elles s’en prennent davantage à l’image du féminisme qu’à ses combats? Image qui leur semble poussiéreuse et périmée.

Le féminisme a mauvaise presse. Il est constamment sali dans les médias et on véhicule des faussetés à son sujet. Le cas le plus extrême qu’il me soit donné de voir est l’appellation feminazi créée par l’animateur de radio états-unien de droite, Rush Limbaugh[4]. Cette expression, inventée dans les années 90, s’est répandue et on l’utilise encore aujourd’hui pour discréditer les féministes. D’ailleurs, l’animateur controversé a lui-même qualifié Susan Sarandon de féminazie. L’image que plusieurs se font du féminisme est rattachée à des clichés de la deuxième vague sortis de leur contexte : par exemple, le brûlage de soutien-gorges et le lesbianisme politique dans les années 60 et 70. Le mot “féministe” est souvent accompagné des épithètes “frustrée”, “enragée” et “misandre”. On reproche aux féministes de vouloir devenir des hommes, de ne pas être féminines, de vouloir instaurer un matriarcat, et j’en passe! L’image du féminisme est entretenue à coup de stéréotypes négatifs par ses détracteurs.

L’actrice Ellen Page, en revanche, n’hésite pas à afficher son féminisme. Dans une entrevue au journal The Guardian, elle déclare : «Je ne comprends pas pourquoi les gens sont si réticents à dire qu’ils sont féministes. Peut-être que certaines femmes s’en fichent, tout simplement. Mais le fait que “féminisme” soit un gros mot n’est-il pas la preuve la plus évidente que nous vivons dans une société patriarcale?»[5]. Avant de terminer sur ce point, je me permets de poser la question suivante : devons-nous abdiquer devant les antiféministes en leur laissant le soin de façonner l’image d’un mouvement qui défend nos droits? Si cette image nous déplaît à ce point, pourquoi ne pas se la réapproprier?

Traduction de la b.d : 
Féministe (adjectif qualificatif)
->Qui défend l’égalité des droits sociaux, politiques, légaux et économiques entre les hommes et les femmes.
«Sérieusement, quel genre de personne serait contre ça?»
«Quand des gens affirment qu’ils ne sont pas féministes, je suppose qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent.»
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